Parents LGBT +
M’informer pour moi-même
La santé des parents
Ce que l'on sait :
En France, la proportion des familles LGBT+ est loin d’être négligeable. En 2021, environ 31 000 enfants vivaient dans une famille homoparentale (HCFEA, 2021). Au cours des dernières années, la France a connu de nombreuses avancées en matière de droits : le mariage pour tous (2013), l’accès à l’assistance médicale à la procréation (PMA) pour les couples de femmes ou les femmes seules (2021). Cependant, certaines méthodes de procréations restent interdites sur le territoire français (p.ex., accès à la PMA pour les personnes transgenres, gestation pour autrui – GPA), réduisant les possibilités d’accès à la parentalité pour certaines personnes LGBT+.
Malgré l’évolution des droits en faveur des familles LGBT+, les discriminations restent encore très présentes (SOS Homophobie, 2024). Elles se retrouvent dans la sphère scolaire et périscolaire, mais également en amont de l’accès à la parentalité, notamment dans les processus d’adoption et de PMA. Par conséquent, ces familles peuvent s’exposer à des situations stressantes spécifiques (nommées « stresseurs minoritaires », p.ex., discriminations, révélation de leur orientation sexuelle et/ou identité de genre) auxquelles les familles hétérosexuelles et cisgenres ne s’exposent pas, et qui viennent s’ajouter aux situations stressantes que tous les parents peuvent rencontrer (nommés « stresseurs généraux », p.ex., les tensions liées à l’éducation, les modes de garde).
Cela conduit souvent les parents LGBT+ à vivre l’éducation de leurs enfants comme étant plus difficile à cause des discriminations qu’iels peuvent rencontrer, ou anticiper. Ce contexte peut aussi les conduire à s’inquiéter et à culpabiliser de la possibilité que leurs enfants puissent également en rencontrer. Ces discriminations peuvent avoir de multiples conséquences négatives sur les parents LGBT+ en :
- Altérant leur santé mentale et leurs compétences parentales
- Augmentant leur stress parental
- Réduisant leur sentiment de légitimité à être parent
Cependant, il est essentiel de relever que plusieurs études récentes montrent que les parents LGBT+ ne présentent pas plus de signes de détresse que les parents hétérosexuels et cisgenres, ce qui laisse à penser que ces familles ont pu développer des ressources leur permettant de faire face à ces différents défis.
Les résultats du projet Hope LGBT+
Nos résultats révèlent que parmi les parents LGBT+ (247 parents interrogés) :
18% présentent des symptômes anxieux alors que cela concerne environ 24% de la population générale française
2% présentent des symptômes dépressifs alors que cela concerne environ 16% de la population générale
0.8% présentent des signes de burnout parental sévère alors que cela concerne 6% de la population générale.
Leur moyenne de bien être est de 42,2 alors que la moyenne de la population générale est d’environ 41.
En d’autres termes nos résultats laissent à penser que les parents LGBT+
ont une meilleure santé psychologique que la population générale.
Les facteurs impliqués dans la santé des parents
Pratiques éducatives et santé psychologique
Les parents peuvent agir de différentes manières pour influencer le comportement de leurs enfants. Ces pratiques peuvent être regroupées en deux catégories (Meunier & Roskam, 2009) :
- Les pratiques de soutien qui ont pour objectif de développer les compétences et l’épanouissement de l’enfant (p.ex., l’encourager à être autonome, lui expliquer les règles, s’intéresser à ce qu’il fait).
- Les pratiques de contrôle qui cherchent à mettre fin à un comportement jugé comme problématique (p.ex., punitions, privation, ignorance).
Nos résultats montrent que les parents LGBT+ utilisent en moyenne plus de pratique de soutien que la population générale, et utilisent également moins de pratiques de contrôle.
Nos résultats montrent également que plus les parents LGBT+ s’engagent dans des pratiques parentales de soutien et moins ces parents présentent de symptômes dépressifs et de burnout parental. Ce lien se retrouve essentiellement dans deux de sous-dimensions du burnout parental :
- la distanciation émotionnelle (p.ex., difficulté de montrer son amour à ses enfants)
- la dépersonnalisation (p.ex., ne plus se reconnaitre en tant que parent)
En revanche, plus les parents LGBT+ ont tendance à être inconsistants dans l’application des règles (p. ex., ne pas appliquer une punition annoncée), plus faible est leur bien-être et plus élevés sont leurs symptômes de dépression et de burnout parental (essentiellement dans les deux sous dimensions distanciation émotionnelle et dépersonnalisation).
Enfin, la punition violente (p.ex., donner une claque à son enfant), qui est une pratique parentale de contrôle, est associée plus de symptômes dépressifs chez les parents LGBT+.
Éléments à retenir
- Les parents LGBT+ utilisent plus de pratiques de soutien et moins de pratiques de contrôle.
- Les pratiques parentales de soutien, et la consistance dans l’application des règles, sont associées à une meilleure santé psychologique.
- Les pratiques de contrôle sont quant à elles plus associées à une moins bonne santé psychologique.
Ajustement du couple et santé psychologique
Avoir une bonne relation de couple suppose d’avoir ce que l’on nomme « un bon ajustement dyadique » ou « un bon ajustement du couple ». Nos résultats montrent qu’en moyenne les parents LGBT+ ont un meilleur niveau d’ajustement du couple que la population française.
Nos résultats montrent également que plus les parents LGBT+ ont un bon ajustement du couple et moins importants sont leurs symptômes anxio-dépressifs, ainsi que leurs niveaux de burnout parental, et plus élevé est leur bien-être.
Avoir un bon ajustement du couple permet d’être dans une relation répondant à des besoins de connexion sociale, de soutien émotionnel ou encore d’intimité, ce qui permet de réduire le stress, le sentiment de solitude, ou encore l’isolement. En revanche, une mauvaise qualité de la relation de couple peut être un facteur de stress supplémentaire.
Chez les couples LGBT+, un bon ajustement du couple peut aider à mieux faire face aux stresseurs minoritaires (p.ex., discriminations, coming-out) en favorisant notamment le sentiment d’être deux contre l’oppression et la discrimination. Pour faire face aux défis que peut représenter le fait d’être un parent LGBT+, le.la partenaire intime représente une ressource majeure.
Éléments à retenir
- Le niveau d’ajustement du couple est plus élevé chez les parents LGBT+
- L’ajustement du couple joue un rôle majeur dans la santé psychologique des parents LGBT+ et dans leur manière de faire face aux défis de la parentalité
Stéréotypes et santé psychologique
Les stéréotypes correspondent à des croyances vis-à-vis d’un groupe d’individus, qui sont partagées par le plus grand nombre. Ils s’activent automatiquement et peuvent être positifs ou négatifs. Ils ont une influence sur les attitudes et les comportements que l’on va avoir envers les membres de ce groupe.
Par exemple, les femmes lesbiennes sont perçues comme moins chaleureuses mais plus compétentes que les femmes hétérosexuelles. Les hommes gays quant à eux sont perçus comme moins compétents mais plus chaleureux que les hommes hétérosexuels.
Nos résultats montrent que plus les parents LGBT+ ont une image positive de leur groupe (c’est-à-dire que ces derniers perçoivent les parents LGBT+ comme compétents et chaleureux) et moins ils ont de symptômes anxieux, moins ils ont de burnout parental et plus leur bien-être est élevé.
Par ailleurs, plus les parents LGBT+ se perçoivent en tant que parents LGBT+ de manière positive (c’est-à-dire comme des personnes compétentes et chaleureuses), et moins ils ont de symptômes anxieux et dépressifs, moins ils ont de burnout parental et plus leur bien-être est élevé.
Éléments à retenir
La perception que les parents LGBT+ ont de leur groupe d’appartenance et d’eux-même joue un rôle sur leur santé psychologique
Notre livret à destination des parents
Dans le cadre de notre programme de recherche intitulé « Hope LGBT+ » trois livrets ont été conçus. L’un d’entre eux s’adresse essentiellement aux parents LGBT+. Il se propose d’apporter des informations sur le vécu des parents LGBT+, ainsi que des ressources utiles. Il comprend des informations visant à :
- Quantifier la santé psychologique des parents LGBT+
- Identifier certains facteurs pouvant influencer leur santé psychologique