Parents
d'un jeune LGBT +
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La santé des parents
Ce que l'on sait :
Lorsque les parents apprennent qu’un de leur enfant est une personne LGBT+, ils/elles peuvent expérimenter un ensemble d’affects désagréables tels que l’anxiété, le déni, ou encore la confusion. Cela peut en partie s’expliquer par le fait que nous vivions dans une société cis-hétéronormative, prônant comme modèle naturel, voir supérieur, l’hétérosexualité et la cis-identité. Ainsi, apprendre que son enfant est une personne LGBT+ impose de prendre conscience que son enfant n’appartient pas à cette « norme », ce qui peut conduire les parents à s’en vouloir et à se blâmer, et/ou à adopter des comportements de rejet, voire de violence.
En France, les personnes LGB sont 2 à 3 fois plus exposées au sein même de leur famille à des violences physiques, aux humiliations, aux insultes et au dénigrement. Cependant, il est important de relever que cela peut évoluer au fil du temps, et laisser place à plus d’acceptation, mais ce processus peut parfois être long. Par ailleurs, l’évolution de cette acceptation est dépendante de multiples facteurs personnels (p.ex., les stéréotypes familiaux, la religion) et interpersonnels (p.ex., la qualité de la relation parent-enfant).
Aujourd'hui,
il est largement admis que les personnes LGBT+ présentent une santé psychologique plus détériorée. Ces détériorations sont en grande partie expliquées par les LGBT+phobies qu’iels subissent. Dès leur adolescence, les jeunes LGBT+ rapportent plus d’expériences d’intimidation. Selon le modèle du stress minoritaire, le fait d’appartenir à un groupe minoritaire va exposer les individus à des stresseurs spécifiques, c’est à dire liés à leur appartenance minoritaire (p.ex., LGBT+phobies, coming-out), qui vont s’ajouter aux stresseurs généraux, indépendants de l’appartenance minoritaire (p.ex., passage d’un examen), et cette accumulation de stress va entrainer des détériorations de santé.
Et puis après ils commencent à s’inquiéter du regard des autres et puis pour ma sécurité aussi (…) et puis le manque d’infos quoi, ils avaient très peu d’informations donc ça aide pas.
Propos d’un homme trans de 25 ans.
Alors que les facteurs impliqués dans la santé des jeunes LGBT+ ont fait l’objet de plusieurs recherches, nous ne disposons aujourd’hui que de très peu de connaissances concernant la santé psychologique des parents ayant au moins un enfant LGBT+. Pourtant, à l’image de leurs enfants, les parents peuvent également subir des jugements négatifs et des comportements de rejets, et cela est d’autant plus marqué chez les parents de personnes transgenres. L’on nomme ce phénomène la stigmatisation par association. Cela signifie qu’en raison de leur proximité avec une personne stigmatisée, iels peuvent également être stigmatisé.e.s et être sur-exposé.e.s au stress. Lorsque c’est le cas, tout comme leurs enfants, cela va détériorer leur santé psychologique. S’ajoute à cela le fait que les parents ayant au moins un.e enfant LGBT+ peuvent s’inquiéter par rapport au bien-être et la sécurité de leur enfant ce qui là encore est susceptible d’impacter négativement leur santé psychologique.
Les résultats du projet Hope LGBT+
Dans le cadre de notre projet qui a interrogé 167 parents ayant au moins un enfant LGBT+. Nos résultats révèlent que parmi les personnes interrogées :
28,7 % présentent des symptômes anxieux quand cela concerne environ 24% de la population générale française.
11,4% présentent des symptômes dépressifs quand cela concerne environ 16% de la population générale.
6,6% présentent des signes de burnout parental sévère quand cela concerne 6% de la population générale.
Les facteurs impliqués dans la santé des parents
Acceptation et santé psychologique
De nombreuses recherches ont démontré qu’une bonne acceptation parentale était protectrice pour la santé mentale des jeunes LGBT+. A l’inverse, engager des comportements visant à faire changer son enfant (p.ex., par des thérapies de conversion1) est associé à une santé mentale plus détériorée.
Nos résultats montrent qu’une acceptation élevée peut également avoir un rôle de protection pour la santé psychologique des parents, notamment en réduisant leurs risques de burn-out parental (p.ex., sentiment d’être épuisé.e par son rôle de parent, impression d’être dans un mode automatique, sentiment de distance avec son enfant), et en favorisant des pratiques parentales comprenant l’affection, l’approbation, le soutien et l’engagement positif envers les enfants.
A l’inverse, une faible acceptation parentale peut conduire les parents à mettre en place des pratiques parentales visant à rendre leur enfant conforme à leur idéal (p.ex., pratiques parentales de contrôle), augmentant ainsi leurs niveaux d’exigence, et donc le risque d’épuisement parental.
Éléments à retenir
- Accepter l’identité LGBT+ de son enfant à des effets positifs à la fois sur la santé mentale de l’enfant et du parent.
- Ce processus d’acceptation peut être long pour certains parents
- Pour favoriser ce processus, il est nécessaire de s’informer sur les identités LGBT+ au travers de ressources fiables, de prendre le temps d’en discuter avec son enfant, mais également avec d’autres parents.
Soutien social et santé psychologique
Apprendre que son enfant est une personne LGBT+ peut conduire certains parents à s’isoler, à mettre à distance leurs proches afin qu’ils/elles n’aient pas connaissance de l’identité de leur enfant, ce qui peut avoir pour conséquence de réduire leur soutien social perçu. Ces comportements sont d’autant plus marqués chez les parents qui ont des difficultés à accepter l’identité LGBT+ de leur enfant.
De nombreuses recherches ont démontré qu’avoir un soutien social perçu élevé était extrêmement protecteur pour la santé psychologique des personnes LGBT+. Nos résultats démontrent qu’avoir un soutien social perçu élevé est également protecteur pour les parents ayant un.e enfant LGBT+, ce qui s’illustre par moins de symptômes dépressifs et anxieux et moins de signes de burn-out parental.
Plus largement, un soutien social perçu élevé est associé à de meilleures compétences parentales, et à une meilleure gestion des émotions
Éléments à retenir
- Se sentir soutenu.e à des effets positifs à la fois sur la santé mentale de l’enfant et du parent.
- Avoir un enfant LGBT+ peut conduire les parents à s’isoler, à se cacher et à subir des discriminations, il est donc essentiel qu’ils/elles puissent être soutenu.e.s.
- Échanger avec d’autres parents ayant un enfant LGBT+ est particulièrement utile pour partager son vécu et ses expériences sans crainte et pour réduire son sentiment d’isolement.
Biais de raisonnement et santé psychologique
Nos résultats montrent que plus les parents ont des croyances biaisées à propos des personnes LGBT+, et plus les parents ont de symptômes dépressifs.
A l’inverse, nos résultats mettent en évidence que plus les parents considèrent les personnes LGBT+ comme étant chaleureuses (donc ayant des intentions positives), plus leur niveau de burnout parental est faible.
Éléments à retenir
- Se sentir soutenu.e à des effets positifs à la fois sur la santé mentale de l’enfant et du parent.
- Avoir un enfant LGBT+ peut conduire les parents à s’isoler, à se cacher et à subir des discriminations, il est donc essentiel qu’ils/elles puissent être soutenu.e.s.
- Échanger avec d’autres parents ayant un enfant LGBT+ est particulièrement utile pour partager son vécu et ses expériences sans crainte et pour réduire son sentiment d’isolement.
Résilience et santé psychologique
La résilience correspond à la capacité que les individus peuvent avoir à dépasser, voire à ressortir grandi, d’évènements difficiles (p.ex., la perte d’un proche, les discriminations). De nombreuses recherches ont démontré qu’avoir un niveau de résilience élevé était protecteur pour la santé psychologique des personnes LGBT+. Nos résultats montrent que c’est également le cas pour leurs parents. En effet, plus les parents ayant des enfants LGBT+ sont résilient·es, moins ils/elles présentent de symptômes dépressifs et anxieux.
La résilience peut permettre aux parents de développer leur esprit critique face aux discriminations, et d’être plus soutenant·es pour leurs enfants en favorisant notamment leur sentiment de compassion, voire leur engagement militant afin de défendre les droits de leur enfant.
Propos de ma mère : « Je salue ta force et ton courage, je suis là, je serai là toujours, je t’aime ». Mon père : « Je suis très heureux de te savoir heureuse et apaisée (…) je suis fier de toi, je t’aime ».
Femme bi, 22 ans
Ça m’a vraiment ému qu’il (mon père) soit aussi compréhensif et qu’il ait cette ouverture d’esprit là. (…) Il m’a vraiment compris, il m’a vraiment respecté dans mon entièreté et il m’a montré qu’il m’aimait de manière inconditionnelle.
Homme, gay, 22 ans.
Éléments à retenir
- La résilience à des effets positifs à la fois sur la santé mentale de l’enfant et du parent.
- Bien qu’être parent d’un enfant LGBT+ peut être déstabilisant et générer de la détresse, cela peut également favoriser la résilience (p.ex., meilleure compréhension des discriminations, renforcement de la relation à son enfant, majoration de l’ouverture d’esprit, de la compassion et de la fierté).
Notre livret à destination des parents
Dans le cadre de notre programme de recherche intitulé « Hope LGBT+ » trois livrets ont été conçus. L’un d’entre eux s’adresse essentiellement aux parents ayant un enfant LGBT+. Il part du constat selon lequel, à ce jour, nous disposons de très peu de connaissances sur les parents ayant un enfant LGBT+, et cela est d’autant plus vrai en France. Pourtant, plusieurs données issues de la littérature rendent compte du fait que l’on sait que ces parents peuvent se confronter à des situations difficiles qui peuvent influencer leur santé psychologique, et dans une certaine mesure, celle de leur enfant.
Ce livret se propose essentiellement d’apporter des informations sur le vécu des parents ayant un enfant LGBT+. Il est téléchargeable gratuitement en cliquant sur ce lien.